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Retour Chariot - Page 2

  • BROUILLONS

    BROUILLONS

    (publié dans VERSO n° 175)

     

    récemment j'ai vu resurgir

    son nom

    au sommaire de 2

    ou 3 revues de poésie

    et après avoir lu quelques-uns de ses textes

    d'une facture assez classique

    je trouve qu'elle s'est beaucoup

    améliorée

    depuis la lointaine époque

    où elle m'avait montré

    ses premiers poèmes

    peu convaincants

     

    mais mes propres textes

    ne devaient pas l'être

    davantage

     

    cette lecture m'a rappelé

    une brève période

    tourmentée

    pendant laquelle nous vécûmes une relation

    d'une grande médiocrité

    dont j'étais certainement

    autant responsable

    qu'elle

     

    le soir j'allais la rejoindre

    dans son appartement

    juste au-dessus d'un restaurant

    qui existe encore

     

    une bonne table lyonnaise

    où l'on sert des plats traditionnels

    de qualité

    *

     

     

  • TONKIN

    TONKIN

    (publié dans TESTE n° 31)

     

    j'ai vécu quelques mois

    à Villeurbanne en 1970

    dans le quartier du Tonkin

     

    près de la place Rivière

    où se tenait alors

    le marché aux puces

     

    un ami de mon père

    m'avait loué une petite baraque

    coincée entre 2 autres similaires

    avec un jardin

    à l'arrière

     

    une sorte de bungalow

    rudimentaire et délabré une bicoque

    de plain-pied et sans étage

    promise à une proche

    démolition

     

    juste 2 pièces en enfilade

    une cuisine une chambre

    et une cave très humide

    à laquelle on accédait

    par une trappe dans le plancher

     

    je pouvais pisser dans l'évier

    de la cuisine

    pour le reste il fallait

    traverser le jardin

    pour gagner une cabane en planches

    qui faisait office de cabinet

     

    je ne me souviens plus

    de l'adresse exacte

    et je ne saurais la retrouver

     

    la baraque a été rasée

    par les bulldozers

    et la rue elle-même

    qui s'appelait je crois

    rue Charles-Lyonnet

    a disparu

     

    le quartier ayant été entièrement

    redessiné

    dans une vaste opération

    de rénovation urbaine

     

    je suis donc incapable de localiser

    l'endroit précis où je demeurais

    ni d'effectuer le moindre

    pèlerinage

     

    mis à part des souvenirs

    et de vagues images mentales

    il ne me reste rien de ce séjour

    dans l'ancien Tonkin

    aucun courrier

    aucune quittance

    aucune facture

    attestant de ma présence

    en ces lieux

    et de la présence même

    de ces lieux

     

    c'est à se demander si tout cela

    a bien existé

     

    j'en suis moi-même réduit

    à me croire

    sur parole

     

    *

     

  • MARCHÉ DE LA POÉSIE

    MARCHÉ DE LA POÉSIE

     

    les poètes auront beau dire

    les éditeurs auront beau faire

    les 2 stands les plus fréquentés

    statistiquement

    du marché de la poésie

    restent la buvette

    et les toilettes

  • VAUBECOUR

    VAUBECOUR

    (publié dans la revue La Piscine n° 3)

     

    revenu en touriste

    dans la ville où je suis né

    où j'ai passé

    la majeure partie de mon existence

     

    j'ai pris une chambre

    d'hôtel dans la rue

    Vaubecour

    que j'empruntais chaque jour

    pour rentrer chez moi

    après le travail à la préfecture

     

    le balcon du 5e étage

    offre une vue

    plongeante

    sur la chaussée son trafic

    dense à 18 heures et sur les trottoirs

    où se pressent

    les passants

     

    comme Dieu observant

    d'en haut

    sa créature

    j'ai vu passer

    le jeune homme

    que j'étais remontant

    la rue à la même heure

    en direction de Perrache

    25 ans auparavant

     

    Léon Bloy dans son Journal

    affirme que les événements

    ne sont pas successifs

    mais contemporains et simultanés

    ce qui explique pourquoi

    les prophètes ont une mémoire

    de l'avenir

     

    les 2 bords de la plaie

    du temps

    s'étaient refermés

    un quart de siècle après

    tout est à peine

    une poussière

    d'éternité

     

    *

  • ITINÉRAIRE

    ITINÉRAIRE

    (publié dans la revue Traversées n° 88)

     

    tu ne referas plus

    ce trajet adolescent

    entre la sortie du lycée

    et la gare routière

    où tu attendais l'autocar

    de 18 heures 20

     

    t'arrêtant une seule fois

    pour acheter un pain

    aux raisins

    dans une boulangerie

    aujourd'hui disparue

     

    si l'établissement

    scolaire dresse toujours

    sa longue façade rouge

    dans la même rue

    en face d'un entrepôt

    désaffecté

     

    la gare a déménagé

    depuis longtemps loin

    du quartier de la colline

     

    où te guide

    encore

    la mémoire de l'asphalte

     

    *

     

  • LIBRAIRIE DES NOUVEAUTÉS

    LIBRAIRIE DES NOUVEAUTÉS

    (publié sur le site SOC ET FOC - Florilège 2017)

     

    tu as rarement été aussi

    heureux

    que face à la devanture

    de cette librairie

    en mars 2005

     

    quand le libraire

    avait garni toute

    une vitrine des exemplaires

    de ton ouvrage

    pour annoncer

    la séance de signature

     

    tu as gardé

    dans le disque dur

    de ton ordinateur

    quelques photos

    qui témoignent

    de cette gloire

    éphémère

     

    et d'un livre

    aujourd'hui

    indisponible

     

    l'éditeur ayant fait

    faillite

    peu de temps avant

    que la librairie

    ne ferme ses portes

     

    cédant la place à une agence

    bancaire

     

    *

     

  • ÉQUINOXE

    ÉQUINOXE

    (poème publié dans la revue en ligne FRACAS, avec une traduction en espagnol par Diego Alejandro Martinez)

     

    l'équinoxe

    de ta vie

    est cet instant

    unique

    précis et fugace

    où tu as une égale

    quantité de temps

    devant toi

    et derrière toi

     

    où le passé

    pèse le même poids

    que le futur

    à la seconde près

     

    si autour de l'axe

    de cet équinoxe

    on retournait ton futur

    sur ton passé

    ils coïncideraient

    comme les 2 pans

    d'un drap

    rigoureusement plié

    par le milieu

     

    mais au milieu du chemin de la vie

    évoqué par Dante

    au premier vers de La Divine Comédie

    tu ne sais pas que tu es parvenu

    à ce point exact

    et que tu viens de franchir

    la ligne médiane

     

    tes jours sont comptés

    mais le compteur reste

    invisible

    tu ne peux effectuer le compte

    à rebours

     

    cette incertitude sur la durée

    de l'existence

    est un cadeau

    de la providence

     

    car imagine

    le reste de ta vie

    dans le couloir de la mort

    du condamné à mort

    attendant le jour fixé

    pour son exécution

     

    ce serait pire que la perspective

    de la rentrée

    qui te gâche

    la seconde moitié

    des vacances

     

    *

    Version en espagnol par Diego Alejandro Martinez