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Retour Chariot - Page 2

  • J'ai habité longtemps...

    j'ai habité longtemps sur le dernier quai

    de la Saône rive droite avant le confluent

    dans un immeuble bas à la façade noire

    un F2 avec balcon donnant sur la rivière

    ma voisine de palier était une artiste

    alors inconnue

    qui a fait son chemin depuis elle vit à Paris

    elle expose à New York à Londres à Berlin

    parfois je vois dans le journal

    celle que je voyais apparaître

    furtivement à sa fenêtre

    quand je sortais fumer sur le balcon

     

    *

     

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  • PAUSE

    (publié dans Bleu d'encre n° 42)

     

    PAUSE

     

    la qualité du café s'est nettement

    améliorée

    dans les stations d'autoroute

    depuis ces années lointaines

    où il n'était qu'un breuvage acide

    et infect

     

    sur l'écran tactile du distributeur

    tu choisis un expresso

    pur arabica sans sucre

    insères une pièce de 2 euros

    et récupères la monnaie

     

    tu bois ton café brûlant

    debout devant une table haute

    les yeux perdus sur le parking désert

    en songeant à tout ce chemin

    parcouru

    et au peu qu'il te reste

    à faire

     

    *

     

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  • RETOUR DU SALON

    RETOUR DU SALON

     

    tu es parti de nuit

    tu reviens de nuit

    de ce salon du livre en décembre

    à 127 kilomètres de chez toi

    selon le GPS

     

    c'était dans une salle des fêtes glaciale et sans fenêtres

    éclairée par des néons

    tu n'as pas vu la lumière du jour

    aujourd'hui

     

    les organisateurs sont sympas

    ils font tout ce qu'ils peuvent

    mais il n'y avait pas grand monde

    tu n'as pas vendu grand chose à peine

    de quoi rembourser les frais de route

    les livres de pure

    littérature

    ont du mal à trouver un public

     

    il faudra que tu t'arrêtes à la prochaine

    station sur l'autoroute

    pour faire le plein

    d'essence pisser un coup

    prendre un café au distributeur

    la route est encore longue et la neige commence

    à tomber

     

    tu te demandes si tu reviendras

    l'année prochaine

    tu t'étais posé la même question

    l'an dernier

     

    *

     

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  • BROUILLONS

    BROUILLONS

    (publié dans VERSO n° 175)

     

    récemment j'ai vu resurgir

    son nom

    au sommaire de 2

    ou 3 revues de poésie

    et après avoir lu quelques-uns de ses textes

    d'une facture assez classique

    je trouve qu'elle s'est beaucoup

    améliorée

    depuis la lointaine époque

    où elle m'avait montré

    ses premiers poèmes

    peu convaincants

     

    mais mes propres textes

    ne devaient pas l'être

    davantage

     

    cette lecture m'a rappelé

    une brève période

    tourmentée

    pendant laquelle nous vécûmes une relation

    d'une grande médiocrité

    dont j'étais certainement

    autant responsable

    qu'elle

     

    le soir j'allais la rejoindre

    dans son appartement

    juste au-dessus d'un restaurant

    qui existe encore

     

    une bonne table lyonnaise

    où l'on sert des plats traditionnels

    de qualité

    *

     

     

  • TONKIN

    TONKIN

    (publié dans TESTE n° 31)

     

    j'ai vécu quelques mois

    à Villeurbanne en 1970

    dans le quartier du Tonkin

     

    près de la place Rivière

    où se tenait alors

    le marché aux puces

     

    un ami de mon père

    m'avait loué une petite baraque

    coincée entre 2 autres similaires

    avec un jardin

    à l'arrière

     

    une sorte de bungalow

    rudimentaire et délabré une bicoque

    de plain-pied et sans étage

    promise à une proche

    démolition

     

    juste 2 pièces en enfilade

    une cuisine une chambre

    et une cave très humide

    à laquelle on accédait

    par une trappe dans le plancher

     

    je pouvais pisser dans l'évier

    de la cuisine

    pour le reste il fallait

    traverser le jardin

    pour gagner une cabane en planches

    qui faisait office de cabinet

     

    je ne me souviens plus

    de l'adresse exacte

    et je ne saurais la retrouver

     

    la baraque a été rasée

    par les bulldozers

    et la rue elle-même

    qui s'appelait je crois

    rue Charles-Lyonnet

    a disparu

     

    le quartier ayant été entièrement

    redessiné

    dans une vaste opération

    de rénovation urbaine

     

    je suis donc incapable de localiser

    l'endroit précis où je demeurais

    ni d'effectuer le moindre

    pèlerinage

     

    mis à part des souvenirs

    et de vagues images mentales

    il ne me reste rien de ce séjour

    dans l'ancien Tonkin

    aucun courrier

    aucune quittance

    aucune facture

    attestant de ma présence

    en ces lieux

    et de la présence même

    de ces lieux

     

    c'est à se demander si tout cela

    a bien existé

     

    j'en suis moi-même réduit

    à me croire

    sur parole

     

    *

     

  • MARCHÉ DE LA POÉSIE

    MARCHÉ DE LA POÉSIE

     

    les poètes auront beau dire

    les éditeurs auront beau faire

    les 2 stands les plus fréquentés

    statistiquement

    du marché de la poésie

    restent la buvette

    et les toilettes

  • VAUBECOUR

    VAUBECOUR

    (publié dans la revue La Piscine n° 3)

     

    revenu en touriste

    dans la ville où je suis né

    où j'ai passé

    la majeure partie de mon existence

     

    j'ai pris une chambre

    d'hôtel dans la rue

    Vaubecour

    que j'empruntais chaque jour

    pour rentrer chez moi

    après le travail à la préfecture

     

    le balcon du 5e étage

    offre une vue

    plongeante

    sur la chaussée son trafic

    dense à 18 heures et sur les trottoirs

    où se pressent

    les passants

     

    comme Dieu observant

    d'en haut

    sa créature

    j'ai vu passer

    le jeune homme

    que j'étais remontant

    la rue à la même heure

    en direction de Perrache

    25 ans auparavant

     

    Léon Bloy dans son Journal

    affirme que les événements

    ne sont pas successifs

    mais contemporains et simultanés

    ce qui explique pourquoi

    les prophètes ont une mémoire

    de l'avenir

     

    les 2 bords de la plaie

    du temps

    s'étaient refermés

    un quart de siècle après

    tout est à peine

    une poussière

    d'éternité

     

    *